Pier Paolo PASOLINI. Poem to Marilyn MONROE

(Français)

Du monde antique et du monde futur
la beauté seule était demeurée, et toi,
pauvre petite soeur cadette,
celle qui court derrière ses frères plus grands,
et rit et pleure avec eux, pour les imiter,
toi petite soeur plus jeune,
cette beauté-là tu la portais humblement,
et ton âme de fille de petites gens
n’a jamais su qu’elle la possédait,
sinon il n’y aurait pas eu de beauté.
Le monde te l’a enseignée,
ainsi ta beauté est devenue sienne.

De l’effrayant monde antique et de l’effrayant monde futur
la beauté seule demeurait, et toi
tu l’as traînée comme un sourire obéissant.
L’obéissance demande trop de larmes englouties,
de don aux autres, trop de regards joyeux
qui réclament leur pitié !
Ainsi, ta beauté tu l’as emportée.
Elle disparut comme une poussière d’or.

Du stupide monde antique et du cruel monde futur
demeurait une beauté qui n’avait pas honte
de faire allusion aux petits seins de soeur cadette,
au petit ventre si facilement nu.
A cause de cela il y avait de la beauté,
la même que celle des douces filles de ton monde…
les filles de commerçants qui remportent les concours de Miami ou de Londres.
Elle disparut comme une colombe d’or.
Le monde te l’a enseignée,
ainsi ta beauté ne fut plus de la beauté.

Mais tu étais toujours une enfant,
sotte comme l’antiquité, cruelle comme le futur,
et entre toi et ta beauté possédée par le Pouvoir
prit place toute la stupidité et la cruauté du présent.
Tu la portais toujours comme un sourire entre les larmes,
impudique par passivité, indécente par obéissance.
Elle disparut comme une blanche colombe d’or.
Ta beauté qui a survécu au monde antique,
réclamée par le monde futur, possédée par le monde présent, devint un mal mortel.

Maintenant les frères aînés, enfin, se retournent,
suspendent pour un moment leurs jeux maudits,
se détournent de leur inexorable distraction,
et se demandent: “Est-ce possible que Marilyn, la petite Marilyn, nous ait montré la route ? ”
Maintenant c’est toi,
celle qui ne compte pas, la pauvre, avec son sourire,
c’est toi la première au-delà des portes du monde
abandonné à son destin de mort.

1963, traduction de Stefano Bevacqua et Annick Bouleau, publiée dans le hors-série Pasolini cinéaste, Cahiers du cinéma, 1981.

….

(Italien)

Del mondo antico e del mondo futuro
era rimasta solo la bellezza, e tu,
povera sorellina minore,
quella che corre dietro ai fratelli piu’ grandi,
e ride e piange con loro, per imitarli,
e si mette addosso le loro sciarpette,
tocca non vista i loro libri,i loro coltellini,
tu sorellina piu’ piccola,
quella bellezza l’avevi addosso umilmente,
e la tua anima di figlia di piccola gente,
non hai mai saputo di averla,
perche’ altrimenti non sarebbe stata bellezza
Spari’, come un pulviscolo d’oro.
Il mondo te l’ha insegnata.
Cosi’ la tua bellezza divenne sua.
Dello stupido mondo antico
e del feroce mondo futuro
era rimasta una bellezza che non si vergognava
di alludere ai piccoli seni di sorellina,
al piccolo ventre cosi’ facilmente nudo.
E per questo era bellezza, la stessa
che hanno le dolci mendicanti di colore,
le zingare, le figlie dei commercianti
vincitrici ai concorsi a Miami o a Roma
Spari’, come una colombella d’oro.
Il mondo te l’ha insegnato,
e cosi’ la tua bellezza non fu piu’ bellezza.
Ma tu continuavi ad esser bambina,
sciocca come l’antichita’, crudele come il futuro,
e fra te e la tua bellezza posseduta dal potere
si mise tutta la stupidita’ e la crudelta’ del presente
te la portavi sempre dietro come un sorriso tra le lacrime
impudica per passivita’, indecente per obbedienza.
Spari’ come una bianca ombra d’oro.
La tua bellezza sopravvissuta del mondo antico,
richiesta dal mondo futuro, posseduta
dal mondo presente, divenne cosi’ un male.
Ora i fratelli maggiori finalmente si voltano,
smettono per un momento i loro maledetti giochi,
escono dalla loro inesorabile distrazione,
e si chiedono: “E’ possibile che Marilyn,
la piccola Marilyn ci abbia indicato la strada?”
Ora sei tu, la prima, tu la sorella piu’ piccola, quella
che non conta nulla, poverina, col suo sorriso,
sei tu la prima oltre le porte del mondo
abbandonato al suo destino di morte.



(Only a part in English)

Of the ancient world and of the future world
only beauty had remained, and you,
poor little sister, the one who runs after the older brothers,
and laughs and cries with them to imitate them,
and wears their scarves,
and touches, unseen , their books, their little knives,
you younger little sister,
humbly wore that beauty,
and your soul of common people’s daughter ,
never knew had it,
because otherwise it would not have been beauty.

(…)

You always carried it inside, like a smile through tears,
shameless because of passivity, indecent because of obedience.
Now finally the older brothers turn around ,
relinquishing for a moment their cursed games.
They come out of their relentless distraction,
and ask themselves : “Is it possible that Marilyn
little Marilyn showed us the way ?”
Now you are the first, you younger sister,
the one who does not count, poor little thing, with her smile,
you are the first one beyond the doors of the world
abandoned to its destiny of death.